Que
peut-on gagner avec la qualité ?
(L'Entreprise - hors série 97)
Les bénéfices attendus d'une démarche qualité sont
souvent d'ordre commercial. Mais les résultats obtenus concernent davantage l'organisation
et les ressources humaines que les parts de marché.
Mais quelle
mouche a donc piqué les entreprises qui se sont mises à vouloir décrocher un
certificat ISO 9000 ? Y ont-elles été contraintes ou s'y sont-elles mises
d'elles-mêmes ? Certaines y ont fortement incitées par leurs clients : quand on
est sous-traitant d'un grand groupe, on peut difficilement résister à ce genre
d'exigence. Mais les autres, celles qui se lancent de leur pleins gré dans
l'aventure ? Nous en avons rencontré quelques-unes, de tailles différentes,
dans l'industrie et les services, pour savoir ce que la conquête de l'ISO leur
avait permis de gagner.
Au départ, leurs
motivations étaient assez classiques : se maintenir dans la compétition,
renforcer leurs positions à l'exportation, améliorer leurs marges, renforcer
leur image de marque, fidéliser ou gagner de nouveaux clients, etc. Au bout du
compte, après un mois de réflexion et d'efforts, les différentes expériences
vécues montrent que les résultats se situent bien au-delà des objectifs
initiaux. Dans la plupart des cas, la démarche qualité a eu pour conséquence de
modifier en douceur mais radicalement l'organisation de l'entreprise. Elle leur
a permis de recenser les erreurs, de constater les aberrations... bref, de se
remettre en cause. Ce fut le temps des découvertes et des surprises. Puis elle
les a conduits à améliorer leurs façons de faire, à s'organiser autrement, à
établir clairement les responsabilités de chacun et harmoniser les méthode de
travail.
Le constat est unanime
: réussir la qualité, ce n'est plus seulement fabriquer un excellent produit ou
offrir le meilleur service, c'est construire une culture d'entreprise
méthodique et mise en pratique quotidiennement. C'est pourquoi une démarche
qualité est le meilleur moyen pour remobiliser le personnel autour d'un projet
d'entreprise, y compris pendant les périodes de baisse d'activité.
Qu'est-ce que la
qualité fait gagner ? Voici des réponses tirées de l'expérience vécue par les
nouveaux croisés de la qualité.
Les
12 bienfaits démarche qualité :

MOBALPA : Être toujours plus proche de ses clients.
Les délais de
livraisons sont tenus à 99, 5 ou 99,9 %, c'est l'un des points forts de notre
entreprise ", souligne Christian Farat, directeur de la qualité des
Établissements fournier frères, propriétaires de la marque de meubles de
cuisine et de salle-de-bains Mobalpa (600 salariés, 650 millions de francs de
chiffre d'affaires). Sur le marché connu pour ses pratiques commerciales
parfois douteuses, où les condamnations pour publicité mensongère et faux
rabais se sont multipliées, Mobalpa a tiré
son épingle du jeu en jouant la carte de la qualité totale. "Chez
nous, il y a une prise de conscience générale que la qualité fait partie
intégrante de la performance et de la pérennité de l'entreprise. Tout est mis
en oeuvre pour satisfaire le client, mais avec une contrainte de taille : la
compétitivité." Le personnel dans son ensemble est enrôlé sous la bannière
de cet objectif. Chaque suggestion émise par un salarié visant à améliorer la
qualité est récompensée par une prime, si elle est retenue par la direction.
"Chercher à améliorer la qualité de son service, c'est bien, mais encore
faut-il connaître les attentes des consommateurs", insiste Christian
Farat. Pour ce faire, Mobalpa adresse chaque année à ses 30 000 clients un
questionnaire de satisfaction. Les distributeurs sont invités à juger et noter
tous les services de l'entreprise. Enfin, un club de concessionnaires a été
crée pour fédérer ce réseau indépendant et les sensibiliser à la démarche
qualité de l'entreprise. "Nous comptons une quarantaine de
concessionnaires dans ce club, soit la moitié de notre réseau. Ils sont tous
volontaires. Leur motivation ? Améliorer eux aussi la qualité de leurs services
par des échanges de vues sur les expériences et les savoir-faire."
Semences CARGILL : Rebondir après une crise.
Il y a deux
façons d'organiser une chasse aux coûts inutiles dans une entreprise : la
première est de procéder dans la douleur en tranchant dans le vif, la seconde
est de "positiver" la démarche en mobilisant tout le personnel au
service de la qualité, explique Claude Havas, directeur de la qualité chez
Semences Cargill (350 millions de francs de chiffre d'affaires, 380 salariés
dont 100 saisonniers). Comme toute les entreprises de l'agrofourniture,
Semences Cargill a dû s'adapter, en 1992, aux changements de cap de l'Europe
agricole et aux conséquences des négociations du Gatt. Pour la plupart des
fabricants de semences, ces bouleversements, dont la traduction la plus
spectaculaire fut la mise en jachère, se sont traduits par une chute du chiffre
d'affaires. "Il a fallu se remettre en cause et pas seulement serrer les
coûts. C'est tout notre métier et notre approche de la clientèle qu'il a fallu
réviser. A commencer par notre organisation interne. Les trois concepts de la
qualité totale ont été le développement de la relation clients-fournisseurs en
interne, la production de valeur ajoutée pour chaque processus et l'utilisation
du facteur temps pour projeter, réaliser, évaluer et améliorer ces processus,
explique Claude Havas. Cette méthode a un impact très général, y compris sur
les ressources humaines, en termes de motivation et de satisfaction. La
réduction des coûts de non-conformité a permis de réallouer plusieurs millions
de francs de ressources par an."
Société Générale : Se mettre au service des
épargnants.
Quand il devient
directeur du marché de l'Epargne entreprise de la société générale en 1995,
Jean Goumy trouve un service (80 personnes) qui fait l'objet de tous les
sarcasmes des autres salariés maison. En effet, le département "épargne
salariale" est alors très critiqué en interne pour son manque de dynamisme
et son approche trop "administrative" de la clientèle. Jean Goumy
décide de remotiver ses troupes en lançant une démarche de qualité pour obtenir
un label de certification ISO 9002. "Nous gérons 1 million de comptes pour
35 000 entreprises. Nous traitons plusieurs millions d'opérations par an, des
milliers d'appels téléphoniques de demandes d'information ou de réclamations.
Cette activité est très sensible à la qualité. Le moindre incident a une forte
résonance à l'intérieur de l'entreprise, par le biais des syndicats notamment.
Nous devions, pour être à la hauteur, engager une véritable démarche
qualité." "Ils vont droit à l'échec... Le pari est impossible
!", persifle-t-on dans les couloirs de la banque. Deux ans plus tard, les
faits les démentiront. Le service Epargne salariale décroche le label ISO 9002.
Une première à la société générale !
"Nous avons
travaillé pendant un an pour que la démarche de chacun soit orientée toujours
vers le client. Il a fallu convaincre de la pertinence de la démarche. Au
départ, les réactions des salariés étaient dubitatives. Ce n'étaient pas
forcément naturel pour eux. Aujourd'hui, leur travail est mieux valorisé par la
satisfaction du client. Par exemple, nous traitons les demandes de
remboursement dans un délai de trois jours. Nous sommes capables de répondre à
tout courrier de demande d'information ou de réclamation dans les 48 heures. En
ce sens, la démarche qualité est un excellent outil de management des
équipes."
CUIVRINOX : S'agrandir et passer à la vitesse
supérieure.
"On était
tourné vers le produit, on s'est tourné vers le marché. Cela semble tout simple
mais cela nous a pris plus d'un an pour changer de mentalité. J'était un
artisan et je suis devenu un entrepreneur". Christian Gérard préside
aujourd'hui aux destinées d'une entreprise de 20 personnes spécialisées dans le
travail de métaux pour des décorateurs, des agenceurs, des aménageurs de
surfaces commerciales. Cuivrinox a réalisé 12 millions de francs de chiffre
d'affaires en 1995. Christian Gérard est monté dans le train de la qualité en
1985. Il n'était alors qu'un chaudronnier. Il tape sur du cuivre pour fabriquer
des articles de dinanderie (ustensiles de cuisine). Il veut passer à la vitesse
supérieure, s'agrandir, toucher de nouveaux clients. Il faut fabriquer plus
vite et mieux. La qualité est un moyen. Elle va devenir un objectif fédérateur
dans l'entreprise. Il embauche un ingénieur en temps partagé avec quatre
entreprises. Mais l'essai n'est pas concluant. "Il vaut mieux se
débrouiller à l'intérieur de l'entreprise même si les conseils externes sont
utiles." Il désigne parmi les salariés un responsable qualité à
plein-temps. Sa mission est préventive : formation du personnel et contrôle de
la fabrication. Avec un objectif : comment structurer l'entreprise pour que
l'information circule mieux. "Il a fallu apprendre les outils de la
qualité, des choses simples que l'on aurait dû apprendre en cours élémentaire,
mais qui n'étaient malheureusement pas au programme. Evaluer ce que l'on
faisait, réfléchir en groupe, employer le même vocabulaire. Et si actuellement
les salariés ne comprennent pas toujours tout à tout, avant ils ne comprenaient
rien à rien. Aujourd'hui, ils n'exécutent plus, ils s'impliquent De plus chacun est convaincu, non pas de
produire un objet et de le produire bien, mais d'abord de travailler pour la
satisfaction du client."
GEMPLUS : Conquérir le monde entier.
Pour Rémy-Antoine
Conti, directeur de la qualité et de la sécurité de Gemplus (2,3 milliards de
chiffre d'affaires, 2911 personnes), "la qualité c'est le moyen d'atteindre
des objectifs stratégiques : assurer la croissance de l'entreprise et les
résultats financiers, satisfaire les clients et intégrer le personnel à ce qui
nous faisons". Une définition un peu théorique mais qui, traduite dans les
faits, a permis de réaliser des merveilles. Qu'on en juge : Gemplus est en
passe de devenir le "Microsoft de la carte à puce" en contrôlant 40 %
du marché mondial de la carte à puce ou magnétique. Il est en train d'imposer
ses normes, ses terminaux et ses cartes de nouvelles générations comme des
standards mondiaux. Et vient de racheter le numéro 1 américain de la carte
plastique, Datacard. La règle, c'est aller au-devant de la demande du client,
quel que soit son pays. Etre parfaitement réceptif, ce qui ne veut pas dire
qu'il faille tous accepter. Il faut être honnête et savoir dire non lorsque
l'entreprise n'est pas capable de satisfaire une demande qui dépasse ses
propres limites, ses propres capacité de production ou d'investissement. Nos
équipes ont parfaitement intégré ces grilles d'analyse." Il faut toutefois
reconnaître que la mise en place d'une démarche qualité a été facilitée par de
remarquables avancées technologiques qui ont permis à Gemplus de faire la
différence avec ses concurrents. "Des mauvais produits soutenus par une
excellente démarche de qualité ne feront jamais le printemps d'une entreprise.
Chez Gemplus, ce sont aussi des idées techniques géniales à la base qui
expliquent, le succès et font la différence avec les autres compétiteurs."
TEMSYS : Pouvoir rester dans la course.
Beaucoup de nos
concurrents étaient certifiés. Cela devenait donc un handicap de ne pas l'être.
Et les donneurs d'ordres sont de plus en plus nombreux à faire figurer dans
leurs appels d'offre une clause exigeant une certification. Par ailleurs, nous
souhaitons mettre en place des procédures identifiées et un système de
communication qui implique les gens de terrain", témoigne Jean-Claude
Renaud, vice-président de Temsys, entreprise de location longue durée de
véhicules (500 millions de francs de chiffre d'affaires, 130 personnes) qui a
obtenu une certification en novembre 1996.
"Les
procédures identifiées permettent d'harmoniser les méthodes de travail, de
combattre les tâches inutiles, de supprimer les rapports que personne ne lit,
d'abréger les réunions où tout le monde s'ennuie... L'intérêt de ces procédures
est que tout ce qui est écrit doit être fait. On établit en quelque sorte une
règle du jeu claire. Et cela provoque une certaine émulation car personne ne
veut être responsable de la non-satisfaction du client. 60 procédures ont été
mises en place. Depuis 40 ont été déjà pu évoluer sur la base des suggestions
du personnel. Cette mise en place d'un savoir-faire évolutif est un outil très
efficace pour s'adapter à l'environnement. Aujourd'hui on récompense le client
qui fait une réclamation ou qui a subi un petit dommage. Et on en tire une
leçon de portée générale."
CARREFOUR : Améliorer les relations avec ses
fournisseurs.
Si Carrefour
n'impose pas à ses fournisseurs la norme ISO 9000, il bâti avec eux des cahiers
de charges qualité souvent plus draconiens. "Il s'agit d'abord de sortir
de cette guerre des prix entre les agriculteurs et les distributeurs, qui
n'aboutit qu'à banaliser les produits et nuire à leur qualité. A terme, personne
ne sera gagnant même si le distributeur peut être tenté de continuer ce combat
puisqu'il est le plus fort, explique Gabriel Binetti, responsable des achats
frais de Carrefour. Notre objectif, chez Carrefour, est de construire de
nouveaux rapports plus responsables afin d'offrir aux consommateurs un produit
sain et de qualité à un prix raisonnable, tout en faisant vivre à la fois le
producteur, la coopérative agricole et le distributeur." L'expérience est
menée actuellement sur trois bassins de production : la Normandie, la région de
Mont-béliard et le charolais. "Avec une qualité garantie et certifiée aux
normes Carrefour, nous pouvons nous engager à donner un prix honnête aux
producteurs."
SOVIBA : Passer le cap des sélections par appels
d'offres.
Depuis longtemps,
les industriels de l'automobile ou de
l'aéronautique utilisent l'assurance qualité comme méthode pour sélectionner
leurs sous-traitants ou leurs fournisseurs. Aujourd'hui, de la grande
distribution au travail temporaire en passant par certains services
administratifs, la méthode se généralise à tous les secteurs économiques. Et
une certification ou une démarche de qualité constituent de plus en plus
souvent le sésame obligatoire pour entrer sur ces marchés difficiles. C'est le
cas notamment des fournisseurs des grandes firmes de fast-food à l'exemple de
la Soviba, unité d'abattage et de transformation bovine du groupe coopératif
cana (8,4 milliards de francs de chiffre d'affaires, 3800 salariés). Bien avant
que n'éclate la crise de la vache folle, cette coopérative avait déjà mis en
place dans son unité industrielle du lion d'Angers un système informatique de
traçabilité de la viande. Ce dispositif permet de garantir à ces clients, que
sont Burger King ou Quick, l'origine exacte de la viande hachée fournie au
consommateur.
Cette
transparence dans la chaîne d'abattage, peu fréquente dans le milieu de la
viande, à permis à la Soviba de répondre avec succès aux appels d'offre très
sélectif des mastodontes du fast-food, de s'attacher leur confiance et de
passer la crise de l'encéphalite spongiforme bovine sans trop de casse.
Questions :
pour chacune des 8 entreprises :
1/ que représente concrètement la "qualité"
? (quoi ?)
2/ quelle sont les "vraies" raisons de la
qualité ? (pourquoi ?)
3/ quels moyens sont mis en oeuvre pour "faire
de la qualité" ? (comment ?)
4/ que faudrait-il pour faire de la vraie TQM ?
Retour
Cours