Le modèle artisanal
L'artisan
maîtrise son temps et son information. Or la plupart des débats actuels
tournent autour du temps et de l'information.
Au moment où, tous les jours, l'actualité nous apporte
son lot de mégafusions, de concentrations et de rapprochements, il semble
intéressant de se pencher sur les artisans et ce qui constitue leur
spécificité.
Il est à noter qu'une bonne partie du vocabulaire qui
tourne autour des artisans est un vocabulaire noble. Le nom des outils, des
techniques, le fait de travailler avec des compagnons, de manipuler des mots
anciens de la langue française, même quand ils utilisent les techniques les
plus sophistiquées, donnent l'idée de métier vrai.
Si vous fréquentez des artisans, vous avez sûrement
constaté qu'ils sont disponibles pour vous écouter, résoudre vos problèmes ou
vous transmettre un tour de mains.
Ils maîtrisent leur temps. Ils doivent traiter aussi
bien des devis, des commandes et établir les factures, réclamer leurs
règlements, trouver de nouveaux fournisseurs, bref, assurer la gestion complète
de leur établissement.
Ils maîtrisent leur information.
L'artisan est un homme qui maîtrise son temps et son
information.
Or il est très intéressant de noter que la plupart
des débats de la société actuelle tournent au moins pour une part autour du
temps et pour une autre part autour de l'information.
En ce qui concerne le temps, force est de constater
qu'il est affublé de tous les qualificatifs possibles et imaginables : partiel,
effectif, partagé, choisi, etc. Autrement dit, la maîtrise du temps est devenue
une donnée essentielle, un enjeu de société, sa possession et sa maîtrise sont
une demande de fond à laquelle il faut prêter la plus grande attention.
En ce qui concerne l'information, l'exigence de
transparence a gagné tous les débats : le développement de l'internet est à cet
égard révélateur. De la maîtrise de l'information dépendait le pouvoir, et,
maintenant que tout le monde peut avoir l'information, le pouvoir dépend de
l'interprétation que l'on en fait.
Si l'on transpose dans les entreprises les problèmes
de maîtrise du temps et de l'information, peut-être faut-il concevoir les
nouvelles organisations comme une série de relations entre des artisans
regroupés dans des entreprises dont le concept serait proche de celui du
village. C'est la relation entre ces nouveaux artisans qui crée la valeur
ajoutée. Au lieu de penser nos organisations comme des réseaux ou des tuyaux
d'orgues, les penser comme "poly-artisanales" leur rendra une partie
de l'humanisme qu'elles ont quelquefois oublié.
Figéco, le
29/3/99
Questions
1/ qu'est-ce
qu'un "métier vrai" ?
2/ que
signifie "maîtriser son temps" ?
3/ pourquoi
le temps est-il un "enjeu de société" ?
4/ à quelle
école de pensée de l'organisation l'auteur se rattache-t-il ?