La
sous-traitance dans les années 1990
De plus en plus de gens travaillant pour et dans une entreprise seront
payés par un sous-traitant de cette entreprise. Les grandes sociétés, les
hôpitaux, les écoles, les collectivités locales - de toutes tailles - sont tous
en train de "sous-traiter" les tâches appelées de "soutien"
(documentation, traitement de l'information, etc.) et l'entretien.
La tendance à sous-traiter le travail de bureau s'accélère de plus en
plus dans tous les pays développés. Au cours des 15 prochaines années, il
deviendra normal de sous-traiter toutes les activités qui n'offrent pas de
possibilité d'avancement vers les postes de direction pour ceux qui y
travaillent. Ce sera peut-être la seule façon d'obtenir une certaine productivité
pour les activités de bureau, comme pour celles de soutien et d'entretien, productivité
extrêmement faible aujourd'hui. La sous-traitance ne suffira pas à elle
seule à rendre ce travail plus productif, mais elle permettra au moins à
l'entreprise de s'attaquer sérieusement au problème.
Les activités internes de service et de soutien sont des monopoles
de facto et ceux qui en ont la charge sont bien peu motivés pour en
améliorer la productivité. Après tout, il n'y a pas de concurrence dans ce
domaine. Dans l'organisation, l'entreprise ou la collectivité locale typique,
le niveau et le prestige d'une activité est mesurée à sa taille et à son budget
- en particulier dans le cas d'activités qui, comme le travail de bureau et
l'entretien, ne contribuent pas de façon directe et mesurable aux bénéfices
nets. Améliorer la productivité de ces activités n'engendre ni la promotion, ni
le succès. Lorsque le personnel de service est critiqué pour ses performances
réduites, les responsables de ces services réagissent en embauchant plus de
monde. En revanche, un sous-traitant externe sait qu'il risque d'être remplacé
par un concurrent plus performant, s'il n'améliore pas la qualité de ses
prestations tout en réduisant ses coûts. Ceux qui gèrent les services de
soutien sont peu enclins à prendre des mesures radicales, innovatrices et
souvent coûteuses qui rendront ces services productifs. Or, des innovations
dans le travail d'entretien sont cruciales aujourd'hui. Chaque tâche, chaque
travail doit être analysé et reconfiguré. Lorsque Ray Kroc, fondateur de
McDonald's voulut augmenter la production de sa chaîne de restauration rapide,
il changea la conception du moindre élément qui entrait dans la production,
jusqu'aux petites cuillères, aux porte-serviettes et aux poêles. Ensuite, il
faut former les gens, encore et encore de façon presque obsessionnelle (faire
des hamburgers ! ). Une telle obstination est bien plus caractéristique d'un
chef d'entreprise indépendant que d'un responsable de service au sein d'une
direction. Le recours à la sous-traitance se justifie principalement par le
fait que la productivité et les activités de soutien ne risquent pas
d'augmenter tant qu'il n'y a aucune possibilité de promotion à un poste de
direction par le mérite. Cette évolution ne sera possible, pour ce type de
travail, que s'il est effectué par une entreprise indépendante. Tant que cela
ne sera pas le cas, les gens ambitieux et doués ne se lanceront pas dans cette
activité et si on les y place, ils feront tout pour en sortir. Si le travail de
bureau, d'entretien et de soutien est effectué par une entreprise extérieure,
il offre des possibilités dignes d'un certain respect, il devient visible. En
tant qu'employés dans une entreprise, les personnes ne sont rien de plus que
des subordonnés. Dans une entreprise extérieure, elles peuvent s'élever à des
postes à responsabilité voire de direction. Bien entendu le recours à la
sous-traitance se paye. Pourtant il n'existe pour l'instant pas d'autre
possibilité en vue qui permette de régler ce problème crucial de productivité
dans les sociétés développées.
(d'après Peter Drucker -
1989)
Questions
1- comptez combien de fois le mot "productivité" est utilisé !
pourquoi cette répétition ?
2 - que pensez-vous de l'efficacité des activités de bureau ?
3- que pensez-vous de l'argument : "la productivité n'augmente pas
s'il n'y a pas de possibilité de promotion" ?
4 - de façon plus générale, quelles fonctions (traditionnelles) de
l'entreprise sont concernées par la sous-traitance ?