Pourquoi
les entreprises doivent-elles se mettre à l’éthique ?
Aujourd’hui
les produits doivent être aussi « bons » pour les personnes et pour l’environnement.
Une exigence qui impose plus de transparence.
Protection
de l’environnement, régime politique des pays d’implantation, rémunération,
conditions de travail. Tous les événements de la vie de l’entreprise, en France
ou à l’étranger prêtent le flanc à la critique des associations et des ONG.
Contrainte de plus en plus prégnante, l’éthique comme la finance, les
ressources humaines ou le marketing pourrait devenir une fonction à part
entière. Les déontologues apparaissent dans les organigrammes.
Il
n’est pas venu parler que d’or noir. Thierry Desmarest, PDG de Total Fina Elf,
a aussi, et surtout, évoqué les énergies renouvelables, le financement de la
recherche sur les gaz à effet de serre, l’aide aux populations des pays en voie
de développement… Et de rappeler que même la présence du groupe, très critiquée
en Birmanie, a permis d’identifier deux priorités des populations
locales : la santé et l’éducation. « Nous avons recruté une vingtaine
de médecins et financé la formation d’environ 70 aides-soignantes ».
Etonnant de la part de Total Fina Elf ? En fait comme tous les PDG
Français réunis lors de l’université d’été du Medef, il était là pour plancher
sur l’éthique. Au sens large : protection de l’environnement,
développement durable, respect des personnes, etc. Si le Medef a décidé d’y
consacrer son université, c’est que l’affaire devient sérieuse. Selon le
politologue Jérôme Jaffré, « il y a une demande considérable de l’opinion
en faveur d’une plus grande transparence à laquelle les entreprises ne pourront
plus échapper ; si les français connaissaient mieux les entreprises ils
comprendraient sans doute mieux leurs problèmes* ». Franck Riboub, PDG de
Danone est bien placé pour le savoir. Il est revenu sur l’émotion qu’avait
suscité le plan de restructuration du groupe agroalimentaire au printemps.
Depuis que Danone a annoncé son plan, l’eau a coulé sous les ponts ;
« aujourd’hui je reçois des lettres de gens de Moulinex qui aimeraient
travailler chez Danone ».
En
fait, le naufrage de l’Erika et la restructuration de Danone marquent un
tournant. Non seulement pour Total Fina Elf et pour le groupe de Franck Riboud,
mais aussi pour toutes les entreprises françaises. En soi, les préoccupations
d’ordre éthique ne sont pas nouvelles. BNP Paribas finance l’association pour
le droit à l’initiative des chômeurs et des exclus voulant devenir
entrepreneurs. Lafarge est partenaire du WWF (Fonds mondial de la nature) pour
financer la restauration d’écosystèmes forestiers. De même, Suez a mis en place
son Comité d‘éthique après l’affaire Carignon. Ethique et marketing peuvent
même faire bon ménage quant une société reverse une partie du prix de vente de
ses produits à une association caritative. Evian s’est ainsi engagé avec les
Restaurants du cœur.
Ce
qui a changé depuis deux ans, c’est l’élargissement du champ de
l’éthique : il couvre la protection de la nature, les droits de l’homme,
mais aussi la politique de rémunération et de couverture sociale de
l’entreprise. Depuis deux ans, c’est aussi l’irruption d’organisations non
gouvernementales de plus en plus rodées « C’est la peur du scandale qui
oblige les entreprises à faire attention et qui constitue la meilleure des
pressions ». Une organisation comme Greenpeace a même une tactique
éprouvée pour agiter le chiffon rouge et amener à ses vues tout un secteur
d’activité « Quand le leader économique d’une activité bascule, la
pression s’exerce de manière quasi automatique sur ses concurrents, soucieux de
ne pas figurer comme le mauvais élève du secteur ». Cas pratique soumis à
la pression de Greenpeace, Lapeyre, premier importateur de bois en Europe, a
cessé de se fournir auprès d’entreprises qui exploitent des essences protégées
de la forêt amazonienne. Ensuite ses concurrents se sont alignés « Alors
qu’il nous a fallu presque un an pour obtenir un rendez-vous chez Lapeyre, en
huit jours nous étions reçus chez Castorama. Et chez Leroy-Merlin, ils ont pris
l’initiative de nous contacter et le processus est aujourd’hui bien
enclenché ».
L’autre
pression est financière : c’est celle des actionnaires, notamment des
fonds d’investissement. En France il n’existe pour l’instant que cinq fonds de
placement qui investissent dans des entreprises répondant à des critères
éthiques et sociaux. Aux Etats-Unis, où ils pèsent 300 milliards de dollars,
ils ont une grande influence. C’est à la demande d’un fond de pension
d’enseignants qu’Exxon a créé le poste de directeur de l’environnement après la
marée noire provoquée par le naufrage de l’Exxon Valdèz. Ce sont aussi ses
actionnaires qui ont conduit Disney à se pencher sur les conditions de travail
chez ses sous-traitants asiatiques en brandissant une étude conduite en 1996
par Marymount (Virginie) . Elle concluait que 79% des consommateurs
boycotteraient les produits s’ils apprenaient qu’ils étaient produits dans de
mauvaises conditions sociales « La clé n’est pas seulement morale, ces
actionnaires estiment que leur stratégie est payante à long terme ». Enfin
la réglementation incite à prendre les devants « Il y a plus de 200
décrets européens sur l’environnement, sans compter l’influence du Bureau
International du Travail sur le social et les directives de l’OCDE sur la
corruption ». Les choix éthiques sont même justifiés par des objectifs de
management. Dans le rapport environnemental du fabricant de semi-conducteurs
STMicroelectronics, son PDG justifie ainsi les choix de la société en matière
d’écologie : « La prévention est moins coûteuse car il est plus
efficace d’anticiper l’évolution de la législation que de réagir lorsque la
réglementation devient plus draconienne** ». De même il souligne que le
respect de valeurs morales est aussi un instrument de motivation
des salariés.
1
Définir le sens des mots soulignés dans leur contexte
2
Que recouvre l’éthique ?
3 *
Que pensez-vous de cette affirmation « si les français connaissaient
mieux…. » ?
4
Commenter cette affirmation « la prévention est moins coûteuse… »
5
Ne donne-t-on pas trop de responsabilité (et donc de pouvoir) à
l’entreprise ?