Les valeurs affichées par les grands patrons et leurs préoccupations immédiates ne se rejoignent guère. Un décalage que les DRH mettent sur le compte de la pression des actionnaires.
A entendre les PDG des grandes entreprises présenter leurs vœux pour la nouvelle année, on pourrait les prendre pour de saints hommes. Travail en équipe, importance des ressources humaines, bien-être de leurs employés.. on se croirait dans un atelier de développement personnel pour personnalités fragiles. Mais lorsque les mêmes patrons sont interrogés sur leurs préoccupations, on sent un léger décalage : les résultats de l’entreprise , la croissance , voilà ce qui motive leurs actions au quotidien. Cette dichotomie reflète un problème typiquement français « Nous vivons dans un monde de contraintes ; les managers sont trop dirigistes ; il faut être franc sur le situation de l’entreprise sans être brutal, directif sans faire régner la terreur. Mais pour renoncer au confort des systèmes hiérarchiques, il faut beaucoup de courage* ».
Si André Dupont reconnaît qu’il a commencé il y deux ans par former les commerciaux avant de se préoccuper du reste des managers, peu de patrons reconnaissent cette contradiction. La plupart d’entre eux apparaissent comme de fervents adeptes de la méthode Coué. :à force de répéter aux salariés que le management est une priorité pour toute l’entreprise, ils devraient finir part les convaincre. Mais pas tout de suite. Les changements managériaux sont longs. Il faut du temps pour que les salariés s’en imprègnent. Malgré sa formation, le chef garde sa casquette de chef , et n’arrive pas forcément à communiquer avec les autres. J’essaye de faire descendre la prise d’initiative, mais dans les faits c’est difficile. Le système hiérarchique est plus confortable mais moins efficace, alors je travaille à le faire disparaître.
Construire un projet à long terme.
Si les valeurs affichées** par les entreprises sont avant tout économiques et financières, c’est « pour attirer les actionnaires » juge André Dupont, qui ne pense pas que cette différence puisse poser problème aux salariés. Il considère qu’une entreprise attire les financiers si son organisation est parfaite, bien huilée, si les investissements nécessaires sont effectués dans le secteur du développement, du marketing, de la technique. Cela oblige*** les entreprises à avoir une qualité de ressources humaines encore plus forte. Le DRH de TF1 exprime le même sentiment : « le discours est obligatoirement économique pour répondre aux exigences des marchés financiers ; mais implicitement il inclut une bonne gestion humaine**** »
Reste ensuite à expliquer aux salariés ce que le discours externe recouvre, les concernant. A les convaincre que lorsque le président s‘exprime dans les médias ; il a un discours financier mais que cela ne l’empêche pas dans le secret de son cœur de penser d’abord à ses troupes. Plus les licenciements pour plaire à l’actionnaire se multiplient et plus il deviendra difficile de mener ce travail de conviction. Les dirigeants sont actuellement confrontés à un véritable challenge « Ils doivent à la fois être capables d’apporter une valeur immédiate à leur entreprise pour satisfaire les actionnaires tout en construisant un projet à long terme pour pérenniser leur affaire, projet qu’ils doivent faire partager à leurs actionnaires et à leurs salariés ». C’est pour répondre à ce challenge que dès 1988, TF1 a développé l’actionnariat salarié. La participation permet aux salariés de comprendre la logique économique de l’entreprise . ou en tout cas d’en bénéficier
1 * en quoi les systèmes hiérarchique sont-ils confortables ?
2 ** explicitez ce que signifie « valeurs affichées » ?
3 *** à votre avis, d’où provient cette obligation ?
4**** que pensez-vous de ce double langage ?